« L’agriculture régénératrice » – Karine Paris (Coordinatrice – Urban Gardening du CELL)

Parler d’agriculture régénératrice signifie avant tout parler de sol ! 

Contrairement à la permaculture qui consiste à concevoir des systèmes, l’agriculture régénératrice est un ensemble de méthodes de cultures qui passent avant tout à la régénération des sols. En portant un soin particulier à la qualité des sols, elle vise à produire une alimentation nutritive tout en ayant un impact positif sur le climat.

Avant d’entrer en matière, je vous propose un quizz assez rapide pour tester vos connaissances sur le sol.

Réponse en fin d’article (plusieurs réponses possibles).

QUIZZ – Un sol c’est ?

 Un support pour l’urbanisation
 Un être vivant malmené
 95% de notre alimentation en dépend
 Un enjeu crucial pour l’humanité
 L’habitat de plus de 25% des espèces terrestres

Et pour continuer sur le sujet, savez-vous qu’on peut entrer en communication avec un sol grâce à tous nos sens ?
D’un point de vue plus pragmatique, ceux-ci peuvent nous permettre d’élaborer un diagnostic rapide et gratuit.

Notre odorat nous permet par exemple d’avoir une idée de son taux de matière organique (MO) : s’il n’a pas d’odeur, il n’en aura sans doute que très peu, s’il a une odeur de terre, il sera correct et s’il a une odeur de champignons, le taux de MO sera important et le taux de rétention de l’eau bon. Une odeur de vase indique que le processus de décomposition ne fonctionne plus. 

Par la vue, on observe aussi son taux de MO et une partie de ses composants minéraux. Un sol blanc indique un faible taux de matière organique, un sol marrron à noir, un fort taux. Un sol gris indique un manque d’oxygène, un sol jaune une teneur en aluminium et en fer, quand dans un sol rouge le fer est bloqué.
En le touchant, on aura de fortes indications sur sa texture : c’est-à-dire de la taille des minéraux qui le composent (sable, argile et limon). Un sol sableux au toucher et qui crisse est plutôt sablonneux, s’il ne crisse pas il aura tendance à être sablo-limoneux. Plus il est doux et homogène au contact, plus il vous dira qu’il est plutôt argileux. 
Pour prolonger le contact, vous pouvez le façonner en forme de boudin. S’il refuse de prendre cette forme c’est que sa teneur en argile est quasi nulle. S’il arrive à prendre une forme de boudin qui casse en formant un anneau, il est modérément argileux; si par contre l’anneau est bien formé il est très argileux.

On pourra compléter ces premières observations par exemple l’analyse des plantes bio-indicatrices qui poussent sur le sol.

Quelle est la composition d’un sol ?

Composants minéraux 
                
Diamètre
Argile: moins de 0,002mm     Limon: 0,002-0,05mm      Sable: 0,05-2mm

Matière organique  

Organismes aérobies (qui ont besoin d’oxygène pour vivre)

Le sol se compose de minéraux, de matière organique mais aussi d’organismes aérobies. Ces organismes sont répartis en plusieurs grandes catégories d’espèces (bactéries, champignons, protozoaires, nématodes, microarthropodes et autres créatures) qui constituent le réseau trophique du sol, c’est-à-dire une véritable chaîne alimentaire dont le bon fonctionnement permet de construire la structure du sol, de retenir ses nutriments et de les transmettre aux plantes, de retenir l’eau, de stocker du carbone et de permettre le cycle des nutriments.

A partir des années 50, l’équilibre vivant des sols a été mis en danger par les pratiques agricoles modernes. Les trois plus importantes sont : 
– Le labour : déjà pratiqué depuis les débuts de l’agriculture, il a alors été amplifié par sa mécanisation.
– Les produits chimiques. 
– Les fertilisants ou engrais inorganiques.

La spirale négative du labour



Le labour élimine, découpe, déchiquète et broie. L’une des conséquences de ses actions sur le sol est de détruire les micro-organismes qui le peuplent et, petit à petit, de laisser un sol mort et donc non fertile. De plus, ces sols dépeuplés émettent beaucoup plus de CO2
que les sols vivants.

Si le désherbage est l’une des raisons pour lesquelles le labour est pratiqué, paradoxalement il favorise aussi le développement des “mauvaises herbes” qu’il est censé éradiquer. C’est pourquoi plus un sol est labouré, plus il aura besoin d’être labouré. 
De surcroît, le labour exacerbe l’érosion des sols et la perte du carbone nécessaire à son bon équilibre.

Les produits chimiques

Pour faire face aux mauvaises herbes favorisées par le labour, l’agriculture chimique utilise des herbicides. À ceux-ci s’ajoute l’utilisation de fongicides et de pesticides qui poursuivent la rupture de la chaîne vivante du sol en éliminant les champignons, les insectes et les micro-organismes considérés comme des ravageurs.

Ainsi, le labour et les produits chimiques rompent cette chaîne vivante et donc le cycle des nutriments, indispensable à la croissance des plantes. C’est pourquoi, dans un tel système, l’utilisation de fertilisants inorganiques s’impose pour la production agricole.

Les fertilisants inorganiques

L’application de fertilisants minéraux de synthèse contribue au changement climatique de plusieurs façons : l’énergie fossile requise (fabrication des machines et des produits chimiques, carburants…) et les coûts de production et de transport des fertilisants ; la décomposition et la migration des composés chimiques vers l’hydrosphère et l’atmosphère ; ou encore la modification de la microflore du sol incluant la diminution des microbes intercepteurs du méthane, gaz à effet de serre aux effets plus nocifs pour le climat que le CO2.
Par ailleurs, ces fertilisants affaiblissent les plantes et les rendent moins résilientes.

L’interdépendance de ces trois pratiques constitue donc un cercle vicieux néfaste pour le climat, sans parler de ses effets sur les êtres vivants. C’est pourquoi l’une des pratiques fondatrices de l’agriculture régénératrice consiste à mettre en œuvre des méthodes qui permettent de cultiver sans avoir recours à ces pratiques létales pour les sols.

Qu’est-ce que l’agriculture régénératrice?1

L’agriculture régénératrice aide à combattre le changement climatique par des pratiques qui augmentent la teneur en matière organique du sol et restaurent la biodiversité interne et en surface d’un sol dégradé. Ceci augmente sa capacité de rétention des nutriments, de l’eau et de séquestration du carbone à de plus grandes profondeurs. 

Elle est guidée par plusieurs principes et pratiques, adaptés de manière spécifique à chaque climat, sol et région. Il s’agit d’un mode holistique de gestion des terres.
Les pratiques incluent:

  • Aucun labour.
  • Fertilisation biologique des sols notamment par l’application de compost et de fumiers, ainsi que la planification des cultures pour obtenir une couverture permanente des sols. Ainsi, les plantes elles-mêmes participent à la fertilisation des sols. Ces méthodes restaurent le microbiome des plantes et du sol en favorisant la libération, le transfert et le recyclage des nutriments essentiels.
  • Recréer la diversité biologique de l’écosystème. – Dans les sols par l’inoculation de micro-organismes bénéfiques en utilisant du compost vivant ou des extraits de compost, afin de restaurer la vie du sol. – Sur le sol la mise en place d’une couverture végétale multi-espèces et de bordures de séparation des champs composées de plantes fournissent un habitat aux insectes bénéfiques.
  • La planification du pâturage : bien géré, il peut permettre de stimuler et améliorer la croissance des plantes, augmenter la séquestration du carbone dans le sol et la productivité globale des prairies. Pour ce faire, il faut organiser une rotation des animaux pour que les parcelles aient le temps de se régénérer entre deux pâturages. A l’inverse, nourrir des animaux sur un pâturage exigu ou dans un système d’élevage où ils sont confinés contribue dramatiquement à : des systèmes malsains de production en monocultures;  une ration faible en herbages; une pollution des eaux accrue; l’usage d’antibiotiques et des organismes pathogènes résistants; des émissions de CO2 et de méthane.

Les pratiques associées à l’agriculture régénératrice sont celles reconnues par la permaculture, l’agroécologie, l’agroforesterie et la restauration écologique. Elles incluent également le maintien d’un taux élevé d’humus dans les sols, les techniques culturales simplifiées, le maintien de la biodiversité, le compostage, le paillage, la rotation des cultures, l’utilisation de cultures de couverture et d’engrais verts, la suppression des applications de produits chimiques. Dans une ferme qui pratique l’agriculture régénératrice, la production devrait augmenter au cours du temps, tandis que l’apport de matière organique extérieure devrait diminuer. Ces pratiques sont compatibles avec la réglementation du label biologique.

L’agriculture régénératrices contribue ainsi :
– à régénérer ou à reconstruire des sols fertiles et en bonne santé
– à augmenter l’infiltration de l’eau dans les sols, leur capacité de rétention de l’eau, et à assainir les eaux de ruissellement
– à accroître la biodiversité, la santé et la résilience des écosystèmes
– à inverser les émissions de carbone de l’agriculture actuelle pour séquestrer le carbone de manière significative, nettoyant ainsi l’atmosphère des niveaux de CO2 hérités du passé.
Un sol en «bonne santé» permet d’obtenir de belles récoltes en quantité et en qualité. Le sol est essentiel pour le bon fonctionnement agronomique des écosystèmes. 
J’espère vous avoir donné envie d’en savoir plus afin que ces pratiques se développent puisqu’il me semble qu’elles constituent des solutions pour inverser l’impact humain sur le changement climatique. 
Réponse au quizz : toutes les réponses sont correctes

Bibliographie succincte

GENERAL
D. Montgomery, Dirt: The Erosion of Civilizations, University of California Press,  2007
D. Montgomery, 2soil3gabe4to+soil,aps,134″ target=”_blank” rel=”noreferrer noopener”>Growing a Revolution: Bringing Our Soil Back to Life, WW Norton & Co, 2017
https://thecarbonunderground.org
Film: Kiss the ground, Zach Bush, 2020

PESTICIDES
https://www.pan-europe.info

EDUCATION
Soil food web: www.soilfoodweb.com

MANUELS, OUTILS PRATIQUES ET GUIDES
Richard Hopkins, Regenerative Agriculture – A Practical Whole Systems Guide to Making Small Farms Work, 2019
J. Elizondo, G. Varvaro, G. Gras, Regenerative Ranching: Maximum sustainable profit by ranching in nature’s image, Independently published, 2019

C. Dupraz et F. Liagre, Agroforesterie, France Agricole, 2011 réédité en 2019

E. Deans, No-Dig Gardening & Leaves of Life, HarperCollins Publishers, 1994 (réédité en 2001)

J. Lowenfels and W. Lewis,Teaming with Microbes: The Organic Gardener’s Guide to the Soil Food Web, Timber Press, Revised Edition 2010
G. Ducerf, C. Thiry, Les plantes bio-indicatrices. : Guide de diagnostic des sols, Editions Promonature, 2003 – 3 volumes
P. Stamets, Mycelium Running: How Mushrooms Can Help Save the World, Ten Speed Press, 2005

Un inspirateur de l’agriculture régénératrice
M. FukuokaL’agriculture naturelle: théorie et pratique pour une philosophie verte, Les éditions Trédaniel, 2004
M. Fukuoka, La révolution d’un seul brin de paille, Les éditions Trédaniel, 2005


AUTRES THEMATIQUES
Grassland management: Savory institute
https://savory.global
Champignons
https://fungi.com

Une série d’articles annotés
https://regenerationinternational.org/annotated-bibliography/
INFORMATION SUR LES KEYLINES
http://keyline.com.au

  1.  regenerationinternational.org/2017/05/05/quest-ce-que-lagriculture-regeneratrice/[]

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